
Où commence l’intimité et où s’achève-t-elle ? À partir de quand le corps devient-il un vecteur politique des structures de pouvoir ? Existe-t-il un paradis, comme le croient certaines religions, ou sommes-nous tous des rayons de lumière dans l’univers, voués à s’éteindre tôt ou tard ?
Les sept artistes de l’exposition, DeDe Handon, Berit Jäger, Helena Renner, Hura Mirshekari, Stefanie Trojan, Mehdi Yarmohammadi et Eva Weingärtner, explorent les frontières et leur franchissement.
La peau constitue la barrière entre le monde intérieur de l’être humain et le monde extérieur, ainsi que la membrane par laquelle nous captons les stimuli de l’environnement. Le concept de « ciel », compris spirituellement comme une étendue sans limites, notion centrale pour l’espoir, la paix et la réconciliation, peut également être interprété dans cette exposition comme une tentative de transformer, par l’art, ce qui nous limite douloureusement dans notre vie. Mais à partir de quand l’espace infini devient-il un état qui exige à nouveau la limitation par un corps ?
Avec les artistes : DeDe Handon, Berit Jäger, Hura Mirshekari, Stefanie Trojan, Helena Renner, Mehdi Yarmohammadi, Eva Weingärtner.
Exposition du 1er au 3 mai. Vernissage le vendredi 4 mai de 16h à 21h. Visite le samedi de 14h à 20h et le dimanche de 14h à 18h. Entrée libre.
DeDe Handon – https://www.dede-handon.com/
(*1958 à New York) Elle a étudié les arts plastiques à la HBK de Brunswick de 1982 à 1987.
Ses collages sur papier fonctionnent comme des cartes mentales visuelles : des éléments picturaux individuels sont sélectionnés, superposés par des couleurs et recomposés. À l’instar du processus de la mémoire, certains fragments apparaissent au premier plan tandis que d’autres s’effacent. Les collages représentent des espaces intérieurs dans lesquels associations, images et vestiges de souvenirs entrent en relation les uns avec les autres. En se penchant sur la mémoire visuelle à l’ère de la production numérique incontrôlable d’images de masse, la question se pose de savoir où les images sont stockées dans la mémoire et comment elles sont reconstituées.
Berit Jäger – https://jaeger-arts.com/
(*1971 à Bergen sur l’île de Rügen)
Elle travaille à la croisée de la photographie, de la performance et de l’installation. Après avoir suivi des études dans la section des nouveaux médias auprès du professeur Dieter Kiessling, elle a poursuivi sa formation artistique en tant qu’étudiante de master auprès de la professeure Judith Samen. L’approche féministe de cette dernière l’a encouragée à faire de sa propre position en tant que femme dans les espaces visuels sociaux et médiatiques le point de départ de sa recherche artistique. Au cœur de son travail se trouve le corps en tant que signe social et culturel. Elle utilise souvent son propre corps comme médium pour rendre visibles et remettre en question les stéréotypes, les normes et les attributions.
Hura Mirshekari
(*1985 dans le sud-est de l’Iran – Sistan)
Elle vit et travaille en Europe depuis 2016. Hura Mirshekari est une artiste multidisciplinaire originaire du Sistan-et-Baloutchistan, dans le sud-est de l’Iran. Elle vit et travaille à Paris. Première femme de sa région natale à chanter en public, elle associe arts plastiques, performance et voix pour former une pratique artistique résolument politique. Le corps féminin est au cœur de son travail. Dans ses peintures, qui mêlent acrylique, collage, impression et éléments de masques, apparaissent des figures hybrides et fragmentées. Ces corps semblent blessés, dissimulés ou découpés – ils témoignent de la restriction, de la censure et du contrôle social. En même temps, ils recèlent une force silencieuse. Les tons ocres fréquemment utilisés rappellent la terre aride de sa région d’origine et son isolement social. Le chant en sistani, un dialecte persan devenu rare, constitue un élément central de son identité artistique.
Stefanie Trojan – https://stefanietrojan.de/
(née en 1976 à Neu-Ulm)
Elle a étudié la sculpture à l’Académie des Beaux-Arts de Munich de 1996 à 2003. Depuis 2000, elle se consacre à ses performances dans des galeries de renommée internationale et des espaces publics, tels que Marta Herford, le Kunstmuseum de Stuttgart, le Museum Folkwang à Essen, le Hof van Busleyden à Malines en Belgique, le Kunstraum Innsbruck (Autriche), la Kunsthalle de Bâle (Suisse) ou le PS1 à New York. Stefanie Trojan intervient dans des situations tout à fait quotidiennes afin de créer un choc délibéré avec les schémas de réalité, les habitudes et les attentes des gens. Ce lien avec la vie ne se fait pas par le biais d’une action spectaculaire, mais le plus souvent par un acte ou une question simple et subversif(ve) qu’elle oppose à son interlocuteur.
Helena Renner – https://www.helenarenner.com/
(*1990, Spire)
Elle a étudié de 2020 à 2024 à l’université de Trèves, où elle s’est spécialisée dans les pierres précieuses et la joaillerie. Au cours d’un processus fastidieux, elle modifie à la main des vêtements sculptants et des sous-vêtements afin de leur conférer des significations multiples. Ses œuvres sont des commentaires visuels sur la complexité des normes de beauté, abordant des aspects tels que la perte de poids, la chirurgie esthétique et la faim pour les rendre visibles. Ses œuvres invitent à remettre en question la quête d’un idéal en constante évolution et inaccessible, et à s’engager sur la voie de l’acceptation de soi. À partir d’expériences personnelles, Renner explore la perception extérieure et intérieure de l’apparence physique, à la croisée de la réalité, des désirs individuels et des normes sociales.
Mehdi Yarmohammadi
(*1979 dans le sud-est de l’Iran – Sistan)
Il vit et travaille en Europe depuis 2016. Il est né dans un paysage fait de vent, de poussière et d’un silence infini. Entre ses origines et le présent, entre mémoire culturelle et nouveau contexte, il développe un langage artistique de la transition. Le corps humain est au cœur de son travail – non pas comme une simple forme, mais comme un seuil. Ses œuvres figuratives montrent des corps qui ne se referment pas complètement. Ils s’ouvrent. Ils portent en eux le vide. Les lignes tremblent, s’étirent, se brisent. Le corps féminin, en particulier, apparaît comme un lieu de force et de délicatesse à la fois – porteur de vie, d’histoire, de résistance silencieuse.
Eva Weingärtner – https://www.eva-weingaertner.de/
(*1978 à Worms)
Elle a étudié les arts plastiques de 2000 à 2006 à l’École supérieure de design d’Offenbach-sur-le-Main. Eva Weingärtner se consacre principalement à la performance. Elle utilise principalement la vidéo, mais aussi la photographie ou le texte comme moyens d’expression. Pour elle, la performance est une attitude, une concentration particulière dans l’action et une conscience de la présence. Des premières représentations intimistes aux performances vidéo où seul son visage est visible, en passant par des œuvres plus récentes qui abordent le corps comme matériau à la fois en vidéo et en direct, Eva Weingärtner part toujours d’elle-même : de la relation intime avec son propre moi, mais aussi de l’environnement qui influence cette relation. Cette vision profonde offre aux spectateurs une possibilité d’identification.